Après une nuit blanche, je me lève en me disant que, de toutes façons, ce sera pour aujourd’hui.
Les enfants partent à l’école persuadés qu’ils rentreront ce soir et qu’ils découvriront leur sœur toute neuve. J’annule mon RV chez l’acupuncteur qui devait commencer à préparer mon col en vu de
l’accouchement prévu dans 10 jours, sachant qu’il aurait refuser de me piquer pour me déclencher. J’appelle la SF du village d’à côté, Stéphanie, avec qui j’avais RV le lendemain. En effet, ma SF
pour l’AAD, Françoise, habite loin et je ne me sentais plus capable de faire l’aller-retour. Stéphanie me propose alors de me recevoir le matin même, entre 2 patientes et de me déclencher par
acupuncture qu’elle pratique. Elle en profite pour me faire un monitoring sur la demande de Françoise. Tout va bien. Je rentre à la maison avec mon chéri. Toujours rien. Ma maman nous attend avec
le plein de courses. Elle nous préparera à manger une bonne partie de l’après-midi. J’appelle Françoise qui me dit de prendre 30 ml d’huile de ricin à 16h puis un bain chaud dans lequel j’ajoute
8 gouttes d’HE de clou de girofle (tonique utérin) puis une deuxième dose de 30 ml à 18h. Entre temps, les enfants sont rentrés de l’école et mon aîné m’a fait la tronche car je n’avais toujours
pas accouché. L’huile de ricin est infâme. J’ai même cru que j’allais la rendre vers 17h30. Avec un peu de pain et de jus d’orange, je suis tout de même parvenu à avaler la 2ème dose sous les
yeux de mes enfants. J’en ai profité pour leur expliquer que même si les médicaments ne sont pas bons, il faut se forcer pour sa santé. Je n’allais pas manquer l’occasion de leur faire une si
belle morale ! Françoise m’a dit que vers 21h/22h, les contractions allaient commencer. Nous couchons les enfants en promettant aux aînés de les réveiller dès que leur sœur serait née.
A 21 heures, je commence à sentir des contractions, plutôt régulières mais non douloureuses. Mon
chéri allume toutes les bougies dont nous disposons et les 2 lampes de sel aux couleurs si apaisantes et à la luminosité chaleureuse. A 22h, je commence à avoir mal. A 22h30, mes contractions
sont de + en + fortes et sont espacées de 3 à 4 minutes. Je rappelle Françoise, elle se met en route avec sa stagiaire, Hélène. 23h20, elles arrivent toutes les 2, je ne suis qu’à 2 cm de
dilatation. Nous leur offrons un café, toujours avec la présence de ma maman, invitée à assister à cette naissance et surtout à gérer les enfants au besoin.
Nous discutons une bonne partie de la soirée, ou plutôt du début de la nuit. Je
bouge beaucoup entre les contractions toujours bien rythmées. Vers 2 heures du matin, elles ne me permettent plus de suivre la conversation. Françoise m’ausculte : 5 cm, je suis déçue. Vers 2h30,
je me positionne en chien de fusil, la jambe du dessus surélevée afin de faciliter le passage de la tête de bébé dans mon bassin. J’ai très très mal. Je me dandine sur mon canapé à chaque
contraction pendant que les femmes continuent de discuter. A chaque fois, j’attrape la main de mon chéri, mon seul réconfort. Je n’ai pas envie de massage ou de bain, juste sa main dans la
mienne. Françoise me donne des granules pour aider le col à se dilater. A 3h15, j’ai les larmes aux yeux à chaque contraction, ça fait si mal. Je suis si heureuse de savoir que bientôt je
serrerais ma fille dans mes bras. J’accepte la douleur, c’est elle qui va permettre à mon bébé de venir au monde. Et je retourne mes coussins avec la douleur, comme pour mettre un peu d’ordre et
me blottir dedans. Mais non, je serre la main de mon chéri, je respire tranquillement, accroupie, en faisant des ronds avec mon bassin, comme une danse, et en répétant en moi « ouvre toi mon col,
laisse passer mon bébé. Je vous attendais chères contractions, merci d’être venues ». Quel mélange si particulier de bonheur et de douleur... ?!
A 3h36, je suis debout, je bouge d’un pied sur l’autre comme une espèce de danse lente. Françoise
veut me ré-ausculter, je lui dis « pas la peine, elle va sortir ». Là, ma Maman part remplir une bassine d’eau chaude, Hélène la suit. Prise de panique, je crois que Françoise va également les
suivre et j’hurle « Françoise, elle sort » de peur qu’elle aussi file à la cuisine me laissant là, avec mon amour et bébé qui arrive ! Je ne souhaite pas rester debout, Françoise propose à mon
chéri de s’asseoir sur le canapé, lui pose une alèse sur les cuisses et me propose de m’y asseoir. La tête de bébé commence déjà à sortir. Je crie, ça fait toujours aussi mal, même à la maison !!
Là, Hélène et Françoise me disent en coeur de ne plus pousser, bébé veut sortir ses 2 épaules en même temps. Une épaule sort. Elle commence déjà à pleurer notre fille, même pas sortie entière !
Françoise me propose de l’attraper. « Non ». En fait je pense, « non, pas encore, il reste une autre épaule et je veux en finir avec la douleur ». 2ème épaule sortie et j’attrape ma fille. Elle
est magnifique, recouverte d’un peu de vernix. C’est la première fois que j’ai un bébé vernis !
Il est 3h42. Elle est si belle. Je l’admire, embrasse mon amour et pleure de bonheur. C’est si
bon, si intense, moment sublime que de donner la vie une 4ème fois. D’autant plus que là, c’est chez nous, dans notre foyer, dans le calme, à la lueur des bougies, ambiance magique. Mon mari me
fait pousse vers le sol. Je lui demande d’arrêter car je vais finir par me retrouver par terre. Je n’avais pas compris qu’il était entrain de faire glisser sur la chaise d’accouchement
positionnée juste sous moi ! L’espace d’un instant j’ai vraiment cru qu’il voulait me poser à même le sol, pris par je ne sais quel phénomène surnaturel d’après naissance ! Nous entendons frapper
à la porte du salon. Ce sont nos grands qui m’ont entendu crier et qui ont entendu des pleurs de bébé. Mon chéri jette un coup d’œil : nous sommes présentables, pas de sang en vue. Les enfants
arrivent donc au salon avec des yeux émerveillés. J’ai vécu là un moment magique, unique, indescriptible. Découvrir mon bébé tout neuf, le regard impressionné et ravi de mes 2 grands, nus comme
des vers (nous dormons en tenue d’Eve et d’Adam à la maison), a été tout simplement un moment de bonheur intense. Quelle joie et quel ravissement, mais que c’est bon tous ces sentiments qui
passent là, en quelques secondes. Inoubliable…
Je souhaite un bon anniversaire à ma fille
née le 21 mars 2001, je l’embrasse, tends la bouche vers mon fils, il se penche et embrasse d’abord sa toute petite sœur qu’il trouve belle ! Nous restons là quelques minutes tous penchés sur
bébé puis les enfants repartent au lit, il faut encore que j’expulse mon placenta. Papa coupe le cordon, à deux mains. Monsieur, il a l’habitude d’autant plus que ce cordon, un peu court est bien
gros. Je pousse un peu, le placenta tombe dans la bassine posée sous la chaise d’accouchement. Je suis transférée sur le canapé. Je me laisse faire. Je plane. Je tiens mon précieux bébé que je
peux enfin humer, le cordon était trop court, je n’ai pas pu me sniffer avant qu’il soit coupé. Quel délice cette odeur, j’adore ! Les grands reviennent, un peu plus habillés ! Je ne saurai dire
combien de temps nous sommes restés là à l’admirer. Papa a ensuite invité les enfants à se recoucher, histoire d’être en forme pour l’école. Ils dorment dans la même chambre et ne se sont pas
rendormis, nous les entendions chuchoter dans leur lit. Ils venaient tout de même de faire connaissance avec leur sœur, ce n’est pas tous les jours ! Vers 5 h, Françoise pèse notre bébé, nous la
mesurons ensemble puis je l’habille.
A 5h30, Françoise et Hélène rentrent chez elles, vers un repos bien mérité. Quelle personnalité
ces 2 femmes ! On sent bien le professionnalisme de Françoise et la volonté de faire ce même métier chez Hélène. Ce qui émane d’elles : de la chaleur, de la douceur et une gentillesse grandiose.
Je file prendre une douche pendant que Papa et bébé font connaissance en toute intimité. Ma maman me suit dans la salle de bain, c’est plus sûr, mais je me porte à merveille. J’embrasse ma Maman,
heureuse d’avoir pu assister à cette magnifique naissance qu’elle me décrit comme un mélange de couleur : une tête toute noire suivie d’une épaule toute blanche, du bonheur à l’état pur. Elle
aussi rentre se coucher chez elle. Je récupère mon nouveau trésor et vais au lit avec elle. 6h15, ça toque à ma porte : mes 3 loulous, dont mon ancien p’tit dernier, mon pépère, qui n’a pas
encore vu sa petite sœur, souhaitent venir nous voir. En la découvrant, ses premiers mots sont « Tu l’as habillée ? » Et oui, elle est bien née nue ! Là, ils sont tous venus avec nous dans mon
lit. Quel bonheur à nouveau d’observer mes enfants entrain de découvrir ce nouvel être humain, nouveau membre de notre famille. Des caresses, des bisous, des câlins entre nous cinq, pendant de
nombreuses minutes pendant lesquelles Papa fatigué s’est endormi sur le canapé ! Vers 7 heures, Papa est venu chercher ses loulous, enfin les trois plus grands, me laissant seule avec ma chérie.
Bien entendu, je n’ai pas fermé l’œil, je n’ai
pas pu m’empêcher d’admirer ma nouvelle fille, née le même jour que notre grande ravie d’avoir eu sa soeur le jour de son anniversaire. Son plus beau cadeu : sa « jumelle » comme elle l’appelle !
Et voilà que la vie continue, toujours belle, de plus en plus d’ailleurs.